Pasteur Pierre Gagnier

Ouvrir une image agrandiePierre Gagnier naît le 22 décembre 1909 à Crozon, dans le Finistère de Paul Victor Gagnier et de Hélène Marie Couchard tous deux originaires de Charente.

Après un parcours scolaire de bon élève, il obtient son baccalauréat au lycée d’Angers où avait déménagé sa famille. C’est au lycée Lakanal à Sceaux (92), en classes préparatoires littéraires qu’il rencontre le scoutisme d’où tant d’amitiés naîtront et dureront jusqu’à la fin de sa vie. L’idée et l’envie de devenir Pasteur commencent à faire leur chemin. Après un an à la Sorbonne et un an en Allemagne il décroche une licence d’Allemand. Ses études de théologie se déroulent à Paris entre 1931 et 1934 après son service militaire.

Pour son premier ministère il est nommé à Barre des Cévennes en Lozère où il rencontre Hélène Aubanel qu’il épouse en 1937 ; quatre fils naîtront de leur union.

La guerre l’oblige à partir. Il fait la “drôle de guerre” en Alsace où il est interprète puisque, au cours de son service militaire, il a obtenu le diplôme d’interprète militaire. Prisonnier en Westphalie, il ne reste pas inactif. Il organise des « causeries sur les livres de la Bible » et participe dans le camp à des activités sportives et culturelles. Une petite communauté de protestants se crée dans le camp où de solides amitiés se nouent.

Il est libéré durant l’été 1941 et, de retour en France, il est nommé Pasteur de l'Église Réformée à Nice. Il y reste jusqu’en 1953. Pendant les années d’occupation, cet homme de courage, en accord avec ses convictions et le soutien sans faille de son épouse, n’hésite pas à cacher des juifs dans le presbytère et dans le temple. Le presbytère devient une annexe de faux papiers. Pierre Gagnier est lui-même très actif dans la confection de cartes d'identité, de cartes d'alimentations, de lieux de "cache", dans la fourniture de vivres, d'argent et de complicité d'évasion.

Il rencontre Moussa Abadi, qu'il appelle "Maurice". Plusieurs enfants du Réseau Marcel seront cachés grâce aux familles sollicitées par le Pasteur Gagnier. Il accueille de jeunes israélites dans l’équipe des routiers (scouts). Sa connaissance de la langue allemande lui permet d’aller à la Gestapo, où il rencontre le sinistre Brunner, pour obtenir des renseignements lorsqu'un des leurs est arrêté. Il ne craint pas de se rendre à la kommandantur pour dire son indignation alors que des résistants avaient été pendus aux réverbères de l’avenue de la Victoire. Il n’a pas peur de demander à un employé des questions juives, venu l’interroger sur les faux certificats de baptême qu’il délivrait, s’il n’avait pas honte du métier qu’il exerçait. Cette attitude lui crée des inimitiés à l'intérieur du Conseil Presbytéral, dont un membre influant l'accusait de "prendre parti contre le gouvernement".

Les années qui suivent la guerre sont plus calmes mais n’en sont pas moins actives au sein de la paroisse de Passy à Paris entre 1953 et 1967. Il est Vice-président du Conseil National de l’Église Réformée de France de 1959 à 1962. En 1967, il est nommé au Chambon sur Lignon où il devient directeur du Collège Cévenol International jusqu’en 1970. Il participe à de nombreux synodes et conférences internationales. Des responsabilités lui sont confiées, notamment la présidence de la commission de la Catéchèse de l’Église Réformée de France qu’il occupe pendant plusieurs années.

Non l’enfer ce n’est pas les autres, ce qui fait l’intérêt d’une existence ce sont les êtres qu’elle a rencontrés.

Profondément dévoué à sa vocation de Pasteur, son engagement dans l’Église, dont il refuse la sclérose, se veut en accord avec son temps. L’œcuménisme, en particulier est l’un de ses sujets de préoccupation. Ces années de ministère sont l’occasion de nouer des amitiés très profondes. Dans le livre "Cinquante ans de rencontres" laissé à ses onze petits enfants, il prend le contre-pied de Sartre : "Non l’enfer ce n’est pas les autres, ce qui fait l’intérêt d’une existence ce sont les êtres qu’elle a rencontrés.".

Doté d’une forte personnalité, forgée au sein de sa famille auprès de son père militaire, il sait faire preuve d’autorité aussi bien dans ses paroisses que dans sa famille. Il impose le respect et le bon sens. Amis et famille n’hésitent pas à prendre conseil. Au cours de son ministère il effectue de nombreux voyages: Algérie, Gabon, Suède, Allemagne, États-Unis, pendant lesquels les rencontres sont une fois encore nombreuses et enrichissantes notamment celles avec le Docteur Schweitzer à Lambaréné au Gabon.et avec Alain Bombard.

Obligé de prendre sa retraire prématurément pour des raisons de santé, il se retire au pied des Cévennes à Sauve (Gard), village natal de son épouse. Il n’y est pas inactif et en profite pour voyager (Israël, Martinique, Seychelles), recevoir de nombreux amis et bien sûr enfants et petits enfants.

Il décède subitement le 6 juin 1988 et repose au cimetière de Générargues dans le Gard.

 

Distinctions

Cette médaille non voulue de son vivant par Pierre Gagnier trouve son explication dans une de ses déclarations à Nice, le 18 mai 1945 :

"Je trouve que nous autres, Chrétiens, ne devons rien raconter de ce que Dieu nous permit de faire pour nos prochains en détresse. C'était une faveur pour nous de pouvoir agir et lutter contre cette force antichrétienne que fut le racisme allemand"

Compte-rendu de la cérémonie de remise